Conseils — Douleur complexe
Algodystrophie : quand la douleur s'emballe
Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Lecture 4 min
Une réaction exagérée à une blessure
L'algodystrophie (aujourd'hui appelée syndrome douloureux régional complexe, ou SDRC) est une réaction douloureuse disproportionnée qui survient parfois après une blessure, une chirurgie ou une immobilisation (poignet, cheville…). La zone devient très douloureuse, gonflée, avec des changements de couleur, de température, de transpiration ou de peau, et une raideur. C'est déroutant et éprouvant, mais c'est connu, pris en charge, et le plus souvent d'évolution favorable, surtout quand on agit tôt.
Les idées reçues
« Il faut immobiliser et ne surtout pas y toucher. » C'est l'inverse : l'immobilisation aggrave. On cherche au contraire à remettre en mouvement, en douceur et progressivement.
« C'est dans la tête. » Non : c'est un trouble réel du traitement de la douleur par le système nerveux (une « alarme » déréglée). Ça se rééduque.
Ce que dit la science (à jour)
La prise en charge est pluridisciplinaire et repose sur la mobilisation active précoce (éviter l'immobilité) et la gestion de la douleur. On y ajoute des approches qui « recalibrent » le cerveau : l'imagerie motrice graduée (reconnaître droite/gauche, imaginer des mouvements) et la thérapie miroir. Plus on commence tôt, mieux c'est.
Ce que valent vraiment ces techniques (je corrige ce que j'écrivais)
J'ai écrit ici que l'imagerie motrice et la thérapie miroir avaient « des données de bonne qualité ». C'est l'inverse, et je le corrige. La revue Cochrane la plus récente est claire : pour l'imagerie motrice, la certitude des preuves est très faible ; pour la thérapie miroir, faible. Ces travaux reposent sur très peu de patients. Ils ne permettent pas de vous promettre un résultat.
Pourquoi je continue à les proposer malgré tout ? Parce que ce sont des approches sans risque, non douloureuses et peu coûteuses, dans une maladie où l'on manque cruellement de solutions. « Preuves faibles » ne veut pas dire « inutile » : ça veut dire « on ne sait pas encore ». C'est une différence honnête, et vous méritez de la connaître avant de commencer.
Ce sur quoi on est plus solide, et qui reste la base : bouger tôt, ne pas immobiliser, et être accompagné.
Quoi faire, concrètement
Bougez le membre en douceur, dans le tolérable, sans le laisser « au repos ». On désensibilise progressivement (toucher différentes textures).
Imagerie motrice & thérapie miroir, guidées par un professionnel : l'idée est de réapprendre au cerveau à bouger sans déclencher l'« alarme ». À essayer, c'est sans risque. Mais les preuves restent faibles : on ne peut pas vous garantir l'effet.
Une équipe autour de vous (médecin, kiné, parfois traitement de la douleur) : le SDRC se gère à plusieurs, avec de la patience.
🚩 Quand consulter
Douleur disproportionnée par rapport à la blessure, qui s'accompagne de gonflement et de changements de la peau/température/couleur : parlez-en rapidement à votre médecin. Une prise en charge précoce améliore nettement le pronostic.
Une alarme de la douleur qui s'est déréglée n'est pas une fatalité. On la recalibre en bougeant, tôt, bien accompagné.
📚 Les sources de cette page
Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux — les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.
- La kinésithérapie dans l'algodystrophie (SDRC) : que sait-on vraiment ? — Revue Cochrane, 2022. La référence sur le sujet : l'imagerie motrice repose sur des preuves de certitude très faible et la thérapie miroir sur des preuves faibles. Aucune technique ne peut être présentée comme fiable aujourd'hui.
Dernière vérification des sources : juillet 2026.