Conseils — Cheville
Entorse de cheville : bien la soigner pour éviter qu'elle revienne
Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Lecture 4 min
Le vrai enjeu : ne pas la « rater »
L'entorse de cheville est la blessure sportive la plus fréquente. La plupart guérissent très bien. Le vrai problème, c'est qu'une entorse mal rééduquée récidive : c'est comme ça qu'on se retrouve avec une cheville « fragile » qui se tord tout le temps. La bonne nouvelle : avec les bons réflexes, on évite ça.
Les idées reçues
« Il faut immobiliser longtemps et ne pas poser le pied. » Non. Après les premiers jours, remettre du poids et bouger tôt (dans le confort) accélère la récupération. L'immobilisation prolongée raidit et affaiblit.
« Une fois que ça ne fait plus mal, c'est guéri. » Faux, et c'est LE piège. La douleur part avant que la proprioception (le « GPS » de votre cheville) ne soit rétablie. C'est ce travail-là qui évite la récidive.
« Glace en continu pendant des semaines. » Sur les tout premiers jours, le froid aide à limiter l'œdème. Mais après, place au mouvement et à la circulation, pas au froid en boucle.
🚶 Bouger, bouger, bouger (et l'histoire du plâtre)
Autrefois, on plâtrait les entorses six semaines. On sait aujourd'hui que c'était une erreur : l'immobilisation prolongée enraidit l'articulation, fait fondre le mollet et endort les capteurs qui protègent la cheville. On récupérait moins bien, et plus lentement.
Ce que disent les recommandations actuelles est sans ambiguïté : la synthèse la plus récente des travaux (une revue qui compile deux douzaines d'autres revues) conclut que le traitement fonctionnel (bouger, remettre du poids, rééduquer) est préférable à l'immobilisation, et qu'il doit être encouragé. C'est la règle, et elle vaut pour la grande majorité des entorses. Si vous ne retenez qu'une chose : votre cheville a besoin de bouger.
L'exception, et elle est étroite. Ces mêmes recommandations ajoutent que l'immobilisation, si elle est nécessaire, doit être réservée à certains patients et pour une courte durée. En pratique : les entorses graves (celles où le ligament est rompu). Un grand essai mené aux urgences a montré que, dans ces cas-là, 10 jours d'immobilisation faisaient mieux qu'un simple bandage, avant de passer à une attelle semi-rigide et à la rééducation.
🎯 Le résumé honnête : on ne plâtre plus, et c'est une bonne chose. Le principe est de bouger. Dans les formes graves, quelques jours de protection avant de bouger peuvent aider, mais c'est une exception encadrée, décidée par un professionnel, pas la règle. Le tort de l'époque n'était pas de protéger : c'était de protéger six semaines et d'oublier la rééducation derrière.
🔄 Mis à jour 2026. C'est un domaine où les certitudes ont bougé : la revue de référence qui comparait immobilisation et traitement fonctionnel a même été retirée en 2013 par ses propres auteurs.
Quoi faire, concrètement
Les 2-3 premiers jours : protégez, surélevez, un peu de froid si gros œdème, et marchez dans le confort (avec une aide si besoin).
Bougez la cheville tôt : dessinez l'alphabet avec votre pied, montez/descendez sur la pointe, retrouvez l'amplitude.
Le plus important : la proprioception. Tenez en équilibre sur un pied (puis yeux fermés, puis sur coussin). C'est ce qui réapprend à votre cheville à se stabiliser et évite la récidive.
Renforcez progressivement avant de reprendre les sports de pivot (foot, basket, course en terrain varié).
🚩 Quand consulter
Impossible de poser le pied ou de faire quelques pas, douleur sur l'os (cheville ou pied), déformation, gonflement majeur immédiat : consultez pour écarter une fracture.
Une entorse bien rééduquée, c'est une cheville solide. Une entorse « oubliée », c'est la récidive.