Conseils — Tendon
Tendinite d'Achille : la comprendre, bien la soigner
Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Lecture 4 min
Un tendon fatigué, pas cassé
On parle de « tendinite », mais ce n'est pas une inflammation classique, du genre rouge et gonflé. Le tendon est surchargé : on lui a demandé plus que ce qu'il pouvait encaisser, et il a réagi en s'épaississant et en devenant douloureux. C'est ce qu'on appelle une tendinopathie. Précision utile, parce qu'on lit souvent « il n'y a aucune inflammation » : c'est inexact. Il y en a une, mais discrète, et ce n'est pas elle le cœur du problème. Le vrai problème, c'est le tissu désorganisé. La bonne nouvelle : un tendon, ça se répare et ça se renforce, à condition de lui donner la bonne charge, au bon rythme.
Les idées reçues
« Il faut mettre au repos complet. » Faux, et même contre-productif. Le repos total affaiblit le tendon. Ce qu'il lui faut, c'est de la charge progressive, pas l'immobilité.
« Les anti-inflammatoires vont régler ça. » Ils calment la douleur un temps, mais ils ne réorganisent pas un tendon. Le problème n'est pas un excès d'inflammation à éteindre : c'est un tissu à reconstruire. Le traitement de fond, c'est l'exercice.
« Tant que ça fait mal, il ne faut rien faire. » Une douleur modérée et tolérable pendant les exercices est acceptable, tant qu'elle se calme après. C'est même le signal que le tendon travaille.
Quoi faire, concrètement
Renforcez le mollet, progressivement. Montées lentes sur la pointe des pieds, puis descentes contrôlées. On a longtemps présenté l'excentrique (la phase de descente) comme LA méthode : les études les plus récentes montrent qu'aucun protocole ne bat les autres. Excentrique, « lourd & lent », les deux mélangés : ça marche pareil. Bonne nouvelle, en fait. Choisissez celui que vous supporterez le mieux, c'est de charger le tendon qui compte, pas la recette.
Adaptez la charge, ne la supprimez pas. On baisse temporairement la course/les sauts, on garde le mouvement. Le tendon a besoin de tension pour se réorganiser.
Soyez patient et régulier. Comptez en mois, pas en jours ni en quelques semaines. Et ce n'est pas linéaire : il y aura des hauts et des bas. Ce n'est pas un échec, c'est le rythme normal d'un tendon. Jugez sur la tendance de 2–3 semaines. La constance compte plus que l'intensité.
Vérifiez le terrain. Chaussures usées, reprise trop rapide, mollets raides : on corrige ce qui a surchargé le tendon au départ.
🚩 Quand consulter
Douleur vive et brutale avec sensation de « claquement », impossibilité de vous mettre sur la pointe du pied, ou douleur qui traîne malgré les exercices : consultez pour écarter une rupture et bâtir un programme adapté.
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📚 Les sources de cette page
Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux — les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.
- Quel protocole d'exercice marche le mieux pour l'Achille ? — Revue systématique et méta-analyses d'essais randomisés, Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2023. Aucun protocole ne bat les autres : excentrique, « lourd & lent » ou mixte donnent des résultats comparables.
- Y a-t-il vraiment de l'inflammation dans un tendon douloureux ? — Revue systématique, British Journal of Sports Medicine, 2016. Il y en a une, discrète : le « zéro inflammation » souvent répété est faux.
- La glace dans les blessures des tissus mous — Revue critique, British Journal of Sports Medicine, 2024. La glace soulage la douleur, sans réparer le tissu : un confort, pas un traitement.
- Continuer le sport pendant la rééducation, en surveillant la douleur — Essai randomisé, American Journal of Sports Medicine, 2007. Continuer à courir et sauter en gardant la douleur sous contrôle donne les mêmes résultats que l'arrêt : aucun effet négatif retrouvé.
Dernière vérification des sources : juillet 2026.