Conseils — Épaule
Tendinite d'épaule : le repos n'est pas la solution
Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Lecture 4 min
De quoi parle-t-on ?
La « tendinite d'épaule » (tendinopathie de la coiffe des rotateurs) est l'une des douleurs d'épaule les plus fréquentes : mal quand vous levez le bras, dormez sur le côté ou attrapez quelque chose en hauteur. Comme pour les autres tendons, ce n'est pas vraiment une inflammation, mais une surcharge. Et surtout, ça se traite très bien sans chirurgie, par le mouvement et le renforcement.
Les idées reçues
« Il faut reposer l'épaule et ne plus la bouger. » L'erreur. Une épaule qu'on n'utilise plus s'enraidit (jusqu'à la fameuse « épaule gelée »). Il faut la garder mobile.
« L'IRM montre une déchirure, il faut opérer. » Pas si vite. Beaucoup de gens sans aucune douleur ont des « déchirures » de coiffe à l'imagerie. La rééducation donne d'excellents résultats dans la grande majorité des cas.
« L'infiltration va régler le problème. » Elle peut calmer un temps, mais elle ne renforce pas le tendon. Sans travail derrière, la douleur revient souvent.
« On va me "raboter" l'acromion pour libérer le tendon. » C'est l'opération dont il faut parler avant de la signer. Voir juste en dessous.
🔪 Si on vous propose une acromioplastie, lisez ceci d'abord
L'acromioplastie (ou « décompression sous-acromiale ») part d'une idée simple et séduisante : l'os frotterait sur le tendon, donc on rabote l'os et le tendon respire. Beaucoup d'épaules douloureuses ont été opérées comme ça.
Le problème : on a fini par faire l'essai qui manquait. On a comparé la vraie opération à une fausse opération (même anesthésie, mêmes incisions, mais sans raboter). Les patients ne savaient pas dans quel groupe ils étaient. Résultat : les deux groupes vont aussi bien. Le bénéfice qu'on attribuait au geste n'était pas dû au geste.
Sur cette base, une recommandation internationale conclut par un « non » ferme à cette chirurgie pour une douleur d'épaule sans traumatisme qui dure depuis plus de 3 mois. Et les auteurs sont inhabituellement clairs : ils estiment que pratiquement aucun patient bien informé ne la choisirait.
⚖️ À nuancer honnêtement : ça concerne ce geste-là, pour ce problème-là. Une épaule après une chute, une rupture de tendon franche avec perte de force, une instabilité : ce sont d'autres histoires, et la chirurgie y garde toute sa place. On ne vous dit pas « ne vous faites jamais opérer de l'épaule ».
💡 La bonne question à poser à votre chirurgien : « qu'est-ce que ce geste apporte de plus qu'une rééducation bien menée, dans mon cas précis ? » Une bonne réponse existe parfois. Elle mérite d'être demandée.
Quoi faire, concrètement
Gardez l'épaule mobile. Bougez-la chaque jour dans l'amplitude confortable. Pas de bras collé au corps pendant des semaines.
Renforcez la coiffe progressivement (rotations avec un élastique, contre résistance légère). C'est le cœur du traitement : un tendon fort = un tendon qui ne fait plus mal.
Adaptez temporairement les gestes qui déclenchent (au-dessus de la tête, ports de charge), sans tout arrêter.
Soyez patient et régulier. Un tendon se renforce sur des semaines. La douleur peut fluctuer, alors on suit la tendance, pas la journée.
🚩 Quand consulter
Perte de force brutale (impossible de lever le bras), douleur après une chute, blocage complet ou douleur intense qui ne cède pas : un bilan s'impose.
Une épaule douloureuse a besoin de mouvement et de force, pas de repos et d'immobilité.
📚 Les sources de cette page
Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux — les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.
- Faut-il opérer une épaule douloureuse ? La recommandation internationale — Recommandation de pratique clinique, BMJ 2019. Conclut par un « non » ferme à l'acromioplastie en cas de douleur d'épaule sans traumatisme évoluant depuis plus de 3 mois.
- L'acromioplastie passée au crible par Cochrane — Revue Cochrane, 2019. Preuves de haute certitude : l'opération n'apporte pas de bénéfice cliniquement important sur la douleur, la fonction ou la qualité de vie par rapport à une fausse opération.
- Chirurgie contre placebo : la synthèse des essais — Revue systématique avec méta-analyse, British Journal of Sports Medicine 2020. Aucun bénéfice supplémentaire face à une chirurgie placebo ou à la rééducation, avec un petit risque de complications sérieuses.
Dernière vérification des sources : juillet 2026.