Programme — Arthrose de hanche

Soulager son arthrose de hanche

Le programme progressif sur 6 semaines pour bouger sans souffrir : renforcer, entretenir la mobilité et gagner en aisance. L'approche par l'exercice est reconnue comme traitement de première intention.

  • Un plan clair, semaine par semaine, tout écrit.
  • Renforcement & mobilité illustrés, à faire chez soi.
  • Bouger sans « user » : les idées reçues démontées.
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Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Diplômé d'État · Kiné du Sport Expert

Pont fessier : renforcement de la hanche
⚠️ À lire d'abord. Ce programme s'adresse à une arthrose de hanche connue. Il ne remplace pas un bilan. Consultez en cas de douleur qui devient permanente, réveille la nuit, ou limite fortement la marche malgré les exercices.

Bouger nourrit l'articulation

Idée reçue tenace : « l'arthrose, il faut ménager ». C'est faux : l'inactivité affaiblit les muscles qui protègent la hanche et l'enraidit. Le mouvement, lui, nourrit le cartilage (qui se « nourrit » par la pression et le relâchement du mouvement) et renforce les muscles qui déchargent l'articulation. C'est pour ça que l'exercice adapté est aujourd'hui le traitement de première intention de la coxarthrose. « Coxarthrose » est simplement le mot médical pour « arthrose de hanche » (coxa = la hanche, en latin). Les deux mots disent la même chose ; j'emploierai surtout le second.

Ce que dit la science (à jour)

  • 🥇 Exercice + éducation = traitement de « première intention » pour toute arthrose de hanche ou de genou. « Première intention », en langage médical, veut simplement dire : c'est ce qu'on doit essayer en premier, avant les médicaments au long cours, avant la chirurgie (recommandations internationales, modèle GLA:D, expliqué juste en dessous).
  • 🔀 Pas « d'exercice miracle » unique : ce qui marche, c'est combiner trois choses : le renforcement, l'endurance (le cardio) et le travail neuromusculaire. Ce dernier mot fait peur pour rien : « neuro » = le cerveau, « musculaire » = les muscles. C'est donc tout ce qui réapprend à votre cerveau à piloter votre hanche : tenir l'équilibre, garder le bassin droit, poser le pied juste. Ce n'est pas de la force, c'est de la coordination. Le tout au moins 2 fois par semaine.
  • 🛡️ Ça peut souvent retarder la prothèse, surtout quand l'arthrose n'est pas encore sévère. Dans un essai suivi 6 ans, l'exercice a repoussé l'opération de 3,5 à 5,4 ans en médiane. (« En médiane » = la moitié des gens ont fait mieux, l'autre moitié moins bien. Ce n'est donc pas une promesse pour vous : c'est le milieu du peloton.)
  • ⚖️ Mais soyons honnêtes : quand l'arthrose est sévère, la prothèse fait mieux. Le seul essai qui a comparé les deux face à face (NEJM, 2024) est clair : sur une hanche très abîmée, l'opération soulage nettement plus que le renforcement seul, et 77 % des personnes tirées au sort dans le groupe exercice avaient été opérées dans les 2 ans. L'exercice ne remplace pas la prothèse : il vous fait gagner des années avant, et vous prépare à la traverser en meilleure forme.
  • 💊 Ce n'est pas « juste pour patienter » : l'exercice agit sur la cause (muscles, contrôle, condition), pas seulement sur le symptôme.

🇩🇰 « GLA:D » : c'est quoi, exactement ?

Vous allez croiser ce sigle bizarre dès qu'on parle d'arthrose, et personne ne prend jamais la peine de vous l'expliquer. Ce n'est ni un médicament, ni une machine, ni une marque de matériel. C'est le nom d'un programme d'accompagnement né au Danemark, aujourd'hui repris dans plusieurs pays.

Le sigle est un jeu de mots anglais : Good Life with osteoArthritis: Denmark, littéralement « bien vivre avec l'arthrose ». Et « glad », en anglais, veut dire « content ». Tout le message est là.

Son idée tient en deux briques, et c'est exactement celles de ce programme :

1. On vous explique

Avant de bouger, on comprend. Ce qu'est vraiment l'arthrose, pourquoi la radio ne dicte pas votre douleur, pourquoi bouger n'use rien. Ça a l'air accessoire. C'est la moitié du traitement. Quelqu'un qui a peur de son articulation la protège, l'utilise moins, et l'affaiblit.

2. On vous fait travailler le contrôle

Pas de la musculation de salle : du travail neuromusculaire (le pilotage de la hanche, voir plus haut). Des séances encadrées, en petit groupe, sur quelques semaines, puis on continue seul. Ce sont les mouvements que vous allez retrouver ici.

🎯 Ce qu'il faut retenir : quand un professionnel vous parle de « GLA:D », il ne vous propose rien d'ésotérique. Il vous propose de comprendre, puis de bouger juste. C'est la colonne vertébrale de cette page. Vous n'avez pas besoin de retenir le sigle, seulement l'idée.

🚫 3 idées reçues à oublier

  • « Bouger use l'articulation. » Non : c'est l'immobilité qui enraidit et affaiblit. Une charge progressive et adaptée entretient l'articulation.
  • « La radio est très abîmée, donc j'aurai très mal. » Le niveau d'arthrose à l'imagerie ne prédit pas la douleur : beaucoup de hanches « abîmées » sont peu douloureuses, et inversement.
  • « Si ça tire pendant l'exercice, c'est que j'aggrave. » Une gêne modérée qui redescend est normale et sans danger (voir le feu tricolore). Douleur ≠ dommage.

La boussole : le « feu tricolore »

🔥 Votre échauffement (5 min)

1

Marche ou vélo doux, 2 min, pour réchauffer la hanche.

2

Balancements de jambe, 10/côté, appui sur un mur.

3

Mini-squats, 10, dans l'amplitude confortable.

✅ Hanche réveillée : on y va.

Les 3 piliers de votre programme

Puisqu'il n'y a pas « d'exercice miracle » unique, on combine, et c'est la combinaison qui soulage :

💪

Renforcement

Fessiers & cuisses : les muscles qui déchargent la hanche et stabilisent le bassin.

🚴

Endurance douce

Vélo, natation, marche : on entretient la condition et on « huile » l'articulation, sans impact.

⚖️

Neuromusculaire

Équilibre & contrôle : une hanche qui se stabilise mieux fait moins mal et marche plus droit.

🧭 Votre auto-bilan de départ (2 min)

Trois repères pour confirmer et adapter le programme à votre hanche.

1. Où avez-vous mal ?

À l'aine / au pli de hanche (parfois jusqu'à la cuisse ou le genou), avec une raideur le matin → typique de l'arthrose de hanche. Douleur sur le côté → c'est plutôt le moyen fessier.

2. À quel point ça vous limite ?

Gêne aux longues marches seulement → on peut charger assez vite. Gêne au quotidien → on y va plus progressivement. Très invalidant malgré l'exercice → la prothèse se discute (elle reste excellente le moment venu).

3. Votre condition ?

Sédentaire → on démarre doux et régulier. Déjà actif → vous pouvez charger plus vite. Dans les deux cas, la régularité prime.

🔄 Mis à jour 2026, fondé sur la science actuelle (exercice + éducation = 1re intention, modèle GLA:D).

🧭 Comment marche ce programme (lisez ceci d'abord)

Vous allez voir des semaines : « S1–2 », « S3–4 », « S5–6 ». Avant d'aller plus loin, il faut que je vous dise ce qu'elles sont, et surtout ce qu'elles ne sont pas.

Ce sont des repères, pas des échéances. Une hanche ne lit pas le calendrier. Deux personnes avec « la même » arthrose ne progressent pas au même rythme : l'une passera aux mini-squats au bout de dix jours, l'autre au bout de six semaines. Aucune des deux n'est en retard. Vous n'êtes pas en compétition, pas même avec vous-même.

Donc la règle est simple : on avance quand le niveau est acquis, pas quand la semaine est finie. Si le dimanche de la semaine 2 arrive et que le pont fessier vous tire encore, vous ne passez pas à la suite : vous restez, et ce n'est pas un échec. À l'inverse, si tout est propre et facile au bout de huit jours, ne vous forcez pas à attendre : passez.

Chaque bloc se termine par un objectif concret (« marcher plus longtemps », « tenir sur la jambe sans se dandiner »). C'est ça, votre feu vert. Pas la date.

Votre séance, en pratique

  • 📅 Combien de fois ? Le renforcement 2 à 3 fois par semaine (jamais deux jours de suite au début : le muscle se construit pendant le repos, pas pendant la séance). Le cardio doux, lui, presque tous les jours : c'est le seul morceau qui aime la répétition quotidienne.
  • ⏱️ Combien de temps ? Comptez 20 à 30 min pour une séance de renforcement, échauffement compris. Le cardio doux, c'est 15–20 min au début, 20–30 min ensuite. On n'est pas sur des séances de 2 h : la régularité bat l'intensité, à chaque fois.
  • 🚦 Comment je sais que j'avance ? Relisez votre feu vert une fois par semaine, pas tous les jours. Et fiez-vous à la vie réelle plutôt qu'aux exercices : la vraie question n'est pas « je fais 12 ou 15 répétitions ? », c'est « est-ce que je marche plus loin qu'il y a un mois ? ».
  • 📉 Et si je saute une semaine ? Vous ne repartez pas de zéro. Vous reprenez un cran en dessous de là où vous étiez, et vous remontez. C'est tout. Ce programme se traverse sur des mois, pas sur six semaines chrono.

💡 Le repère qui vaut tous les calendriers : une gêne pendant l'exercice qui reste faible (≤ 3/10) et qui a disparu le lendemain matin = vous êtes au bon dosage, continuez. Une hanche encore « échauffée » ou raide au réveil = vous êtes allé un peu trop loin : revenez d'un cran, mais ne vous arrêtez pas. C'est votre boussole quotidienne, et elle est plus fiable que n'importe quelle date.

Le programme, semaine par semaine

Semaines 1 & 2

Réveiller les muscles & entretenir la mobilité

Pont fessier Mobilité de hanche 90/90

1️⃣ Le pont fessier, le premier réveil

Objectif : rallumer le grand fessier, le gros moteur de la hanche. C'est lui qui vous relève d'une chaise et qui vous pousse à chaque pas. Quand il dort, tout le reste compense.

  1. Position : allongé sur le dos, genoux pliés, pieds à plat écartés de la largeur du bassin, talons à environ une main de vos fesses. Bras le long du corps, paumes vers le sol.
  2. La mise en tension : avant de bouger, serrez les fesses. Fort. Vous devez sentir vos fessiers se durcir avant que le bassin ne décolle. C'est ce petit détail qui fait tout l'exercice.
  3. Le mouvement : en poussant dans vos talons (pas dans la pointe des pieds), montez le bassin jusqu'à former une ligne droite entre vos genoux, vos hanches et vos épaules. Pas plus haut.
  4. Tenez 2 secondes en serrant encore, puis redescendez lentement, vertèbre par vertèbre. Comptez 3 secondes à la descente.

📋 Dose : 3 séries de 12, un jour sur deux. Trop facile après quelques séances ? Passez sur une seule jambe (l'autre genou ramené vers vous), 3 × 8 par côté.

Ce que vous devez sentir : ça travaille dans la fesse, et un peu à l'arrière des cuisses. C'est tout. Une fesse qui brûle un peu en fin de série = c'est gagné.

🚫 L'erreur classique : monter trop haut en cambrant le bas du dos. On croit bien faire. En réalité, ce ne sont plus les fessiers qui montent le bassin, c'est le dos qui tire. Le signe qui ne trompe pas : vous sentez vos lombaires travailler, pas votre fesse. Montez moins haut, serrez plus fort. L'amplitude ne vaut rien ici ; la contraction vaut tout.

2️⃣ L'abduction de hanche, écarter la jambe

Objectif : renforcer le moyen fessier, le muscle sur le côté de la hanche. « Abduction » veut simplement dire écarter le membre du corps (son contraire, « adduction », c'est le ramener). Ce muscle est le stabilisateur de votre bassin : c'est lui qui vous empêche de vous dandiner en marchant.

  1. Position : allongé sur le côté sain (la hanche douloureuse est donc dessus). Le corps forme une ligne droite : épaule, hanche, cheville alignées, dos contre un mur imaginaire. Genou du dessous plié pour la stabilité, tête posée sur le bras.
  2. Le réglage qui compte : le pied du dessus est légèrement en arrière de la ligne du corps, jamais en avant. Et pointez les orteils vers le sol, pas vers le plafond.
  3. Le mouvement : montez la jambe tendue vers le plafond, lentement, sur 30 à 45 cm environ. Ce n'est pas beaucoup. C'est normal, et c'est suffisant.
  4. Le retour : redescendez en freinant, sans jamais laisser la jambe retomber. 2 secondes pour monter, 3 pour descendre.

📋 Dose : 3 séries de 12 par côté (oui, les deux côtés : la jambe saine travaille aussi). Version debout, une main au mur, si le sol est inconfortable.

Ce que vous devez sentir : une brûlure sur le côté de la hanche du dessus, à la hauteur de la poche de votre pantalon. Rien devant, rien dans l'aine.

🚫 L'erreur classique : laisser le bassin rouler en arrière et la jambe partir vers l'avant. C'est l'erreur que je vois le plus, et elle est vicieuse : le mouvement a l'air identique, mais le moyen fessier est sorti du jeu : c'est un muscle de devant de hanche qui a pris sa place. Le test : si ça travaille devant ou dans l'aine, vous roulez. Reculez le pied, ramenez le dos contre votre mur imaginaire, montez moins haut.

Mobilité : balancements & 90/90

Balancements de jambe (appui au mur) et position 90/90 assis au sol pour entretenir la souplesse de hanche, dans l'amplitude confortable. Le « 90/90 », c'est juste une description de la position : assis par terre, une jambe devant pliée à angle droit (90°) et l'autre sur le côté, pliée à angle droit elle aussi. Deux angles de 90°, d'où le nom. Asseyez-vous sur un coussin si le dos s'arrondit.

📋 Dose : 10 balancements/côté ; 90/90 1–2 min.

Endurance douce (le pilier cardio)

Marche, vélo sans résistance, natation ou aquagym : on bouge sans impact, un peu chaque jour.

📋 Dose : 15–20 min, la plupart des jours.

🎯 Fin S2 : bouger fait du bien, fessiers qui « répondent », mobilité entretenue.

Semaines 3 & 4

Renforcer & stabiliser le bassin

Mini-squat / se lever d'une chaise Tenue sur une jambe, bassin à l'horizontale

3️⃣ Le mini-squat : se lever d'une chaise, en mieux

Objectif : muscler fessiers et cuisses dans le geste que vous faites vingt fois par jour. Se relever d'un siège est le mouvement qui devient pénible en premier dans une arthrose de hanche. Autant l'entraîner directement.

  1. Position : debout devant une chaise, dos à elle, pieds écartés de la largeur des épaules, pointes légèrement tournées vers l'extérieur. La chaise n'est pas un accessoire : c'est votre filet et votre repère de profondeur.
  2. Le mouvement : partez des fesses, pas des genoux. Poussez le bassin vers l'arrière, comme si vous cherchiez la chaise avec vos fesses, et laissez le buste s'incliner naturellement vers l'avant. Le dos reste droit, jamais arrondi.
  3. La profondeur : descendez jusqu'où c'est confortable. Effleurez la chaise sans vous asseoir, ou asseyez-vous vraiment puis relevez-vous. Les deux sont valables. On approfondit de semaine en semaine, seulement si c'est indolore.
  4. Le retour : poussez dans les talons et remontez en serrant les fesses en fin de mouvement. 3 secondes pour descendre, 2 pour remonter.

📋 Dose : 3 séries de 10–12. Trop facile ? Croisez les bras sur la poitrine, puis descendez plus bas, puis tenez une charge contre le buste (une bouteille d'eau, un sac).

Ce que vous devez sentir : le travail dans les cuisses et les fesses. Une gêne sourde à l'aine qui reste faible et repart : acceptable. Un pincement vif : trop bas, remontez de quelques centimètres.

🚫 L'erreur classique : les genoux qui rentrent vers l'intérieur à la remontée, surtout sur la dernière répétition, quand la fatigue arrive. C'est exactement le signe que le moyen fessier lâche. Filmez-vous de face une fois, vous serez surpris : presque tout le monde le fait sans le savoir. Chaque genou doit rester dans l'axe de son pied, du début à la fin. Mieux vaut arrêter la série là que faire trois répétitions de plus avec les genoux en dedans.

4️⃣ L'équilibre sur une jambe, bassin droit (le pilier neuromusculaire)

Objectif : réapprendre à votre hanche à tenir le bassin. Ça a l'air de rien, mais à chaque pas que vous faites, vous êtes en appui sur une seule jambe. Cet exercice, c'est la marche, décomposée au ralenti.

  1. Position : debout à côté d'un plan de travail, une main posée dessus, pas agrippée, juste posée. Appui sur la jambe douloureuse (oui, celle-là : c'est elle qu'on entraîne).
  2. Le mouvement : décollez l'autre pied de quelques centimètres seulement. Ne montez pas le genou : le but n'est pas de faire le flamant rose, c'est de tenir.
  3. Le point capital : le bassin reste horizontal. Posez vos mains sur vos deux crêtes de hanche pour le sentir. Du côté de la jambe levée, la hanche doit rester à la même hauteur que l'autre : elle ne doit pas s'affaisser vers le bas.
  4. Tenez 20 à 30 secondes, en respirant normalement, regard fixé sur un point devant vous.

📋 Dose : 3 × 20–30 s par jambe, tous les jours si vous voulez. C'est du contrôle, pas de la charge : ça ne fatigue pas le muscle. Une fois que c'est stable, allez voir la progression en 4 crans plus bas.

Ce que vous devez sentir : le côté de la hanche d'appui qui travaille pour vous tenir droit, et de micro-ajustements permanents sous le pied. Trembler un peu au début est normal.

🚫 L'erreur classique : tenir 30 secondes en trichant. On s'accroche au meuble avec trois doigts, on part en virgule sur le côté, la hanche s'affaisse, et on est content parce que le chrono est passé. Sauf que l'exercice n'a pas eu lieu : c'est justement l'affaissement du bassin qu'on venait corriger. 10 secondes bassin droit valent mieux que 30 secondes de travers. Le chrono est le dernier de vos soucis.

Cardio un cran au-dessus

Marche plus longue, vélo avec un peu de résistance, natation. On allonge la durée progressivement.

📋 Dose : 20–30 min, plusieurs fois/semaine.

🎯 Fin S4 : marche plus aisée, tenir sur la jambe bassin droit, hanche plus mobile.

Semaines 5 & 6 (et au-delà)

Charger & ancrer dans la durée

Hip thrust Fente bulgare

5️⃣ Le hip thrust : le pont fessier, version adulte

Objectif : charger le grand fessier pour de bon. « Hip thrust » est de l'anglais de salle de sport, ça veut dire « poussée de hanche ». C'est le même geste que votre pont fessier de la semaine 1, mais dos surélevé et avec du poids : plus d'amplitude, plus de charge. C'est le renforcement soutenu qui soulage le plus durablement.

  1. Position : assis au sol, le haut du dos appuyé contre un canapé (ou un banc). Le bord doit tomber juste sous vos omoplates. Pieds à plat, écartés de la largeur du bassin, assez loin pour que vos tibias soient verticaux une fois en haut.
  2. La charge : posez un poids sur le pli des hanches. Un sac à dos rempli de livres fait très bien l'affaire. Mettez un coussin plié dessous, sinon ça appuie sur l'os et c'est désagréable pour rien.
  3. Le mouvement : serrez les fesses d'abord, puis poussez dans les talons et montez le bassin jusqu'à ce que votre corps forme une table horizontale entre les genoux et les épaules. Pas plus haut.
  4. En haut : tenez 2 secondes en serrant fort, menton légèrement rentré, regard vers vos genoux (et non vers le plafond). Puis descendez en 3 secondes, sans laisser le bassin s'écraser au sol entre deux répétitions.

📋 Dose : 3 séries de 8–12. On augmente le poids seulement quand les 12 sont propres et que la hanche ne dit rien le lendemain. Les autres options de ce niveau : fentes partielles (un pas en avant, on descend un peu, on remonte) et presse à cuisses en salle (la machine où l'on pousse une plaque avec les pieds, allongé), mêmes séries, même règle.

Ce que vous devez sentir : les fessiers, franchement, et rien d'autre. Des courbatures aux fesses le surlendemain : bon signe, c'est le muscle qui se reconstruit.

🚫 L'erreur classique : viser le plafond avec le bassin. On ajoute du poids, on veut monter plus haut pour compenser, et on finit en cambrure lombaire, tête basculée en arrière. Le fessier ne travaille plus, le bas du dos prend tout, et on met ça sur le dos de l'arthrose. La règle : on s'arrête à l'horizontale. Si vous ne pouvez pas y arriver sans cambrer, la charge est trop lourde : enlevez des livres, pas de l'amplitude.

On garde les 3 piliers à vie

Renfo 2×/semaine + cardio doux régulier + un peu d'équilibre : c'est ce trio, maintenu, qui garde la hanche confortable dans le temps.

🎚️ Corser l'équilibre (la progression en 4 crans)

« Tenir sur une jambe 30 secondes », tout le monde vous le dit. Personne ne vous dit quoi faire ensuite. Or c'est là que le travail neuromusculaire devient utile, et c'est un pilier reconnu de la prise en charge (au même titre que le renforcement et le cardio). On ne monte d'un cran que si le précédent est tenu sans vaciller :

  1. Regard fixe. Sur une jambe, bassin bien horizontal, les yeux accrochés à un point devant vous. 3 × 30 s. C'est votre base.
  2. Les yeux se baladent. Tête immobile, seul le regard parcourt la pièce. Vous venez de retirer votre repère visuel : l'articulation doit prendre le relais.
  3. La tête tourne. Lentement, de gauche à droite. Là, c'est l'oreille interne qui s'en mêle, beaucoup plus exigeant.
  4. Double tâche. Tenez l'équilibre en faisant autre chose : passer un objet léger d'une main à l'autre autour de vous, ou compter à rebours. C'est ça, la vraie vie : vous ne marchez jamais en vous concentrant sur votre jambe.

Ensuite seulement : la même chose sur un coussin (sol instable).

Équilibre sur une jambe, bassin horizontal, regard fixé devant soi

⚠️ Toujours un appui à portée de main (plan de travail, dossier de chaise). L'objectif n'est pas l'exploit : c'est de ne pas tomber dans 10 ans.

✅ Feu vert (hanche fonctionnelle)

  • Marcher plus loin et plus longtemps qu'au départ
  • Monter/descendre un escalier plus facilement
  • Moins de raideur le matin
  • Tenir sur la jambe sans se dandiner

🧠 Votre échelle des gestes, celle que la radio ne fera jamais

On va vous mesurer des degrés d'amplitude. On va vous montrer un pincement sur un cliché. Et personne ne vous demandera ce que vous avez arrêté de faire cette année.

C'est pourtant la seule question qui compte. Vous n'êtes pas venu chercher trois degrés de flexion : vous êtes venu pour récupérer des bouts de votre vie. Et c'est ce que la recherche a fini par admettre : les mesures qui suivent le mieux une vraie amélioration ne sont pas les degrés ni la radio, ce sont les activités que la personne choisit elle-même. Ce sont elles qui bougent en premier quand ça va mieux, souvent bien avant que quoi que ce soit ne change sur un cliché.

Alors on va faire l'inverse de d'habitude. D'abord, on note ce que vous réussissez, pas ce qui vous fait mal. Ensuite (et c'est le point important), le tableau arrive vide. Aucun geste n'y est imposé, aucune liste toute faite : c'est vous qui écrivez les vôtres. Personne ne peut deviner à votre place ce qui vous manque.

Comment faire

1. Remplissez d'abord la colonne de gauche. Posez-vous une seule question : qu'est-ce que je n'arrive plus à faire, et qui me manque ? Écrivez 5 à 8 gestes, pas plus, pas moins. Des gestes à vous, précis, que quelqu'un pourrait vous regarder faire : si votre voisin ne peut pas dire « c'est réussi » ou « c'est raté » en vous voyant, c'est trop vague. Deux exemples, juste pour vous donner le ton, et surtout pas pour être recopiés : « tailler la haie en montant sur le marchepied », « faire le tour du lac avec le chien le dimanche ». Les vôtres n'ont aucune raison de ressembler à ceux-là.

Fuyez « aller mieux », « avoir moins mal », « être plus souple » : ça ne se note pas. Un geste, un lieu, une durée : voilà ce qui se note.

2. Notez chaque ligne de 0 à 10 : 0 = « impossible / je ne le fais plus du tout », 10 = « comme avant, sans y penser ». Ne notez pas la douleur : notez ce que vous arrivez à faire. Répondez vite, sans réfléchir : la première réaction est la bonne. Refaites-le une fois par mois, avec les mêmes gestes et la date. Ce sont les changements qui vous renseignent, pas le chiffre isolé.

3. Faites votre score sur 100. Comme le nombre de lignes vous appartient, on ramène tout à la même échelle : additionnez vos notes, divisez par le nombre de lignes que vous avez écrites, puis multipliez par 10. Exemple : 6 lignes notées 4+2+7+3+5+3 = 24 → 24 ÷ 6 = 4 → score 40.

Ce que je veux retrouver (5 à 8 lignes, écrites par vous) Date :
___/___
Date :
___/___
Date :
___/___
1. _________________________________________________
2. _________________________________________________
3. _________________________________________________
4. _________________________________________________
5. _________________________________________________
6. ________________________________________ (facultatif)_________
7. ________________________________________ (facultatif)_________
8. ________________________________________ (facultatif)_________
Somme de mes notes (a)  ·  Nombre de lignes écrites (b)___ / ______ / ______ / ___
MON SCORE sur 100 = (a ÷ b) × 10_________

(Dans le PDF, ce tableau est imprimable.)

Lire votre score

Ces paliers ne sortent d'aucun barème officiel : ce sont mes repères de bon sens, pour vous donner une conduite à tenir plutôt qu'un chiffre en l'air.

  • 🔴 Moins de 40. Votre hanche décide de votre journée, et vous avez déjà rayé des choses de votre vie. Ne visez pas les 10 : visez une seule ligne, la plus basse, et un seul point. Restez sur S1–2 (pont fessier, abduction) aussi longtemps qu'il le faut, et faites votre cardio doux tous les jours : c'est lui qui rouvre le périmètre de marche. Si vous stagnez plusieurs mois ici malgré un programme suivi, ce n'est pas un échec : c'est le moment d'en parler, et la discussion sur la prothèse est légitime.
  • 🟠 Entre 40 et 70. Le gros du terrain se joue là. Regardez quelles lignes sont basses : comme ce sont vos gestes, elles vous disent quoi travailler. Une ligne basse où il faut pousser, soulever, se hisser (et où ça cède au bout de quelques répétitions) = il manque de la force, chargez : mini-squats, puis fentes et hip thrust. Une ligne basse où le geste part bien mais ne tient pas dans la durée = il manque de l'endurance et du volume, allongez le cardio avant d'ajouter du poids. Une ligne basse où le geste coince d'emblée, dès le premier essai, parce que la hanche ne va pas assez loin = c'est la mobilité, insistez sur le 90/90 et les balancements.
  • 🟢 Plus de 70, et vos lignes qui montent. C'est gagné, et c'est exactement là qu'on arrête tout, en général. Ne le faites pas. Passez en mode entretien : renfo 2×/semaine + cardio + un peu d'équilibre, à vie. Et pendant que vous y êtes, ajoutez une ligne : un geste que vous aviez rayé sans même y penser, tellement il vous paraissait hors de portée. Une hanche arthrosique se garde confortable, elle ne se répare pas une bonne fois.

⚠️ Le piège classique : juger votre journée sur la douleur au lieu de la juger sur ce que vous avez réussi à faire. C'est le réflexe de tout le monde, et c'est trompeur, parce que la douleur d'une arthrose fait des vagues sans rime ni raison : une mauvaise semaine ne veut rien dire, une bonne non plus. Vos gestes, eux, ne mentent pas. Quelqu'un qui marche 30 minutes de plus qu'il y a deux mois va mieux, même s'il a mal aujourd'hui. C'est pour ça qu'on note les gestes.

💡 Ce que ce score n'est pas : une mesure de votre arthrose. Il ne dit rien de votre cartilage, il ne se compare ni à la radio ni au voisin qui a « la même hanche ». Et il n'y a pas de bonne réponse : c'est votre vie, pas un examen. Il ne se compare qu'à votre chiffre du mois dernier.

🔎 Transparence : cette échelle est mon outil de suivi, conçu pour ce programme. Elle s'inspire de ce que la recherche a établi (ce sont les activités que le patient choisit lui-même qui suivent le mieux une amélioration réelle), mais ce n'est pas un questionnaire de recherche validé, et elle ne remplace pas l'évaluation de votre kiné ou de votre médecin. Si vous hésitez sur ce qu'elle vous raconte, faites-vous accompagner.

📆 Votre plan à cocher & votre journal

Le plan à cocher (les 3 piliers), et un journal pour suivre ce qui compte : ce que vous arrivez à faire.

Le plan des 6 semaines

  • S1–2 : réveil musculaire (pont, abduction) + mobilité (90/90, balancements) + cardio doux quotidien
  • S3–4 : renforcement (mini-squats) + équilibre sur une jambe (bassin droit) + cardio un cran au-dessus
  • S5–6 : charger davantage (hip thrust, fentes, presse) + endurance
  • À vie : les 3 piliers (renfo 2×/sem + cardio + un peu d'équilibre) : c'est ce qui garde la hanche confortable

📓 Votre journal de suivi

Notez chaque semaine. On juge sur la fonction (ce que vous refaites), pas sur la radio.

SemaineDouleur /10Marche (durée)Raideur matinRessenti
S1    
S2    
S3    
S4    
S5    
S6    

(Dans le PDF, ce tableau est imprimable.)

⚠️ Les erreurs fréquentes & le bon dosage

Les erreurs qui aggravent (sans qu'on le sache) :

  • « Ménager » sa hanche et bouger moins : l'inactivité enraidit et affaiblit.
  • S'affoler sur la radio (le niveau d'arthrose ne prédit pas la douleur).
  • Ne faire que du renfo en oubliant le cardio et l'équilibre (c'est la combinaison qui marche).
  • Arrêter dès que ça va mieux : c'est un entretien à vie.

Le bon dosage :

  • 🟢 Une gêne modérée qui redescend = normal et sans danger (douleur ≠ dommage).
  • 🟠 Hanche « échauffée » le lendemain → on réduit un peu, on ne s'arrête pas.

Vos questions fréquentes ❓

Bouger, ça n'use pas l'articulation ?

Non : c'est l'immobilité qui enraidit et affaiblit. Le mouvement nourrit le cartilage et renforce les muscles qui déchargent la hanche.

Ma radio est très abîmée, je vais avoir très mal ?

Pas forcément : le niveau d'arthrose à l'imagerie ne prédit pas la douleur. Des hanches « abîmées » sont peu douloureuses, et inversement.

Ça peut m'éviter la prothèse ?

Souvent, on peut la retarder, surtout si l'arthrose n'est pas encore sévère. L'éviter, je ne peux pas vous le promettre : quand la hanche est très abîmée, la prothèse soulage plus que l'exercice seul. Ce programme sert à gagner des années de qualité de vie, et à arriver fort le jour où l'opération se pose.

Quels sports je peux faire ?

Faible impact : marche, randonnée, vélo, natation, aquagym, golf. On bouge beaucoup, sans agresser.

Le poids joue-t-il ?

La plupart des recommandations conseillent un poids de forme, et c'est bon pour vous globalement. Mais soyons précis : pour la hanche, le bénéfice est surtout déduit de ce qu'on sait du genou : il n'a pas été démontré aussi solidement. Ne faites pas du poids votre priorité n°1 : le renforcement, lui, est testé.

Quand envisager la prothèse ?

Quand la gêne devient trop invalidante malgré l'exercice. Ce programme ne s'y oppose pas : il la retarde souvent, et vous prépare mieux si elle arrive.

Au quotidien 🏡

📚 Les sources de cette page

Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux, les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.

Dernière vérification des sources : juillet 2026.

Restez actif, malgré l'arthrose

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