Pourquoi préparer avant de chausser
Le ski, c'est des heures en flexion de genoux, du gainage permanent et des appuis à contrôler, souvent après des mois sans activité intense. D'où les fameuses cuisses en feu dès le 2ᵉ jour. Et contrairement à ce qu'on répète partout, les genoux ne lâchent pas surtout le soir : c'est au début que ça casse : les premières descentes, les premiers jours. Autrement dit, on se blesse avant d'avoir eu le temps de se mettre en jambes sur place. C'est exactement pour ça que la préparation se fait en amont : 6 semaines avant, pas au premier télésiège.
Ce que dit la science (et ça va vous surprendre)
- ⏰ Le moment à risque, c'est le DÉBUT, pas la fin de journée. Chez les skieurs qui se rompent le ligament croisé, 81 % n'étaient pas fatigués au moment de la blessure. Environ un tiers se blessent dès le premier jour de vacances et, chez les femmes, 28 % dans la toute première heure. La « dernière descente de trop » est un mythe tenace.
- 🎿 Ce qui change tout, c'est d'arriver déjà prêt. Si le risque est concentré sur les premières descentes, on ne peut pas compter sur les jours de ski pour se mettre en forme : quand vous êtes en forme, la semaine est finie. La préparation doit être faite avant de chausser.
- ⛑️ Le casque est la mesure la mieux prouvée de tout le ski : environ 35 % de traumatismes crâniens en moins, et jusqu'à 50–60 % pour les plus graves. Il n'augmente pas le risque de blessure du cou, et les porteurs ne prennent pas plus de risques : ces deux objections ont été testées et écartées. C'est la seule mesure qui protège des blessures graves. Aucun exercice ne remplace ça.
🔥 Votre échauffement (5 min)
Marche ou corde à sauter légère (2 min) pour lancer le cœur.
Cercles de hanches + mini-squats (2 min). On réveille genoux et hanches.
Fentes marchées (1 min). On prépare les cuisses à travailler.
✅ Prêt à charger les jambes.
🧭 Votre auto-bilan de départ (2 min)
Trois repères pour arriver prêt aux pistes.
1. À combien de temps du départ ?
6 semaines = idéal pour un vrai gain. Moins ? Faites ce que vous pouvez, en priorité cuisses + gainage.
2. Un genou fragile ?
Problème connu ou entorse passée → insistez sur le contrôle du genou (le geste anti-entorse), et adaptez avec un pro si besoin.
3. Votre niveau ?
Débutant (cuisses en feu dès le 2ᵉ jour) ou confirmé (fatigue de fin de journée) : dans les deux cas, c'est l'endurance des cuisses qui fait la différence.
🔄 Mis à jour 2026.
🧭 Comment marche ce programme (lisez ceci d'abord)
Vous allez lire « semaines 1 & 2 », « semaines 3 & 4 ». Lisez bien la suite, parce que c'est le point le plus important de toute cette page : ces semaines sont un décor, pas la règle. La vraie règle, c'est que vous passez au bloc suivant quand le niveau est acquis, pas quand le dimanche soir arrive.
Vos cuisses ne connaissent pas la date de vos vacances. Deux personnes qui commencent le même jour ne progressent pas au même rythme : l'une tiendra la chaise au mur 45 secondes au bout de dix jours, l'autre au bout de trois semaines, et aucune des deux n'est en retard. Si vous suivez le calendrier les yeux fermés, vous tombez forcément dans l'un des deux pièges : charger des jambes qui ne suivent pas encore (et arriver aux pistes avec un genou déjà agacé), ou piétiner sur les squats alors que vous êtes prêt pour le step-down depuis une semaine.
Ici, chaque bloc se termine par un objectif concret : tenir la chaise 45 s, tenir la planche 45 s, descendre d'une marche sans que le genou parte vers l'intérieur. Tant que ce n'est pas réussi, vous restez sur le bloc, même si « ça fait déjà deux semaines ». Dès que c'est réussi, vous passez, même si ça n'en fait qu'une.
Une seule chose est vraiment datée, et ce n'est pas vous : c'est votre départ. Si vous avez moins de 6 semaines devant vous, ne compressez pas tout : gardez les cuisses et le gainage (les blocs 1 et 2), et ajoutez le step-down du bloc 3 même si le reste n'est pas parfait. Trois semaines faites sérieusement valent mieux que six semaines survolées.
Votre séance, en pratique
- 📅 Combien de fois ? Le renforcement (cuisses, gainage), 3 fois par semaine, en évitant deux jours de suite : c'est entre les séances que le muscle se construit, pas pendant. Plus le cardio 2 fois par semaine, les autres jours.
- ⏱️ Combien de temps ? Comptez 25 à 30 min par séance, échauffement de 5 min compris. C'est tout. Un programme d'une heure, vous ne le tiendrez pas six semaines, et un programme qu'on ne tient pas ne sert à rien.
- 🦶 L'exception : l'équilibre sur une jambe ne fatigue rien et peut se faire tous les jours, 2 min, pendant que vous vous brossez les dents. C'est le seul exercice de cette page qui n'a pas besoin de récupération.
- 🚦 Comment je sais que j'avance ? Vous testez votre objectif de bloc une fois par semaine, toujours le même jour, jamais tous les jours. Chronométrer sa chaise au mur chaque soir, c'est le meilleur moyen de croire qu'on stagne alors qu'on progresse : la forme varie d'un jour à l'autre, la tendance ne se voit que sur la semaine.
💡 Le repère qui vaut tous les calendriers : des courbatures les premiers jours sont normales et attendues : c'est le muscle qui s'adapte. En revanche, une douleur articulaire (le genou lui-même) doit rester faible (≤ 3/10 sur une échelle où 10 est insupportable) pendant l'exercice, et avoir disparu le lendemain matin. Si le genou est encore gênant au réveil, ou s'il gonfle : vous êtes allé trop loin, revenez d'un cran. C'est votre boussole quotidienne, et elle est plus fiable que n'importe quel planning.
🗣️ Les mots que vous allez croiser, en français
Cinq termes reviennent dans tout ce programme (et dans la bouche de tous les coachs). Ils ont l'air techniques ; ils sont en réalité très simples. Voici ce qu'ils veulent dire, une fois pour toutes.
Les 3 façons de travailler un muscle
- Isométrique = « tenir ». Le muscle force, mais rien ne bouge. La chaise au mur en est l'exemple parfait, et c'est exactement ce que fait un skieur en descente.
- Concentrique = « pousser ». Le muscle raccourcit : c'est la remontée du squat.
- Excentrique = « freiner ». Le muscle force pendant qu'il s'allonge, pour retenir. C'est la descente lente du squat, ou le fait de descendre d'une marche au ralenti. Le ski, c'est ça du matin au soir : vous ne poussez presque jamais, vous retenez en permanence. D'où sa place ici.
Les 2 autres
- Le gainage. La capacité à tenir le tronc rigide (ventre, dos, bassin) pendant que les jambes travaillent. Sans lui, la force des cuisses se perd en route : c'est le manche du marteau.
- La proprioception. Le sens qui fait que votre corps sait où sont vos articulations sans les regarder. C'est lui qui rattrape un appui surprise dans une bosse, en quelques centièmes de seconde, bien plus vite que votre réflexion. Ça s'entraîne : c'est tout l'intérêt de l'équilibre sur une jambe, yeux fermés.
🎯 À retenir : ce programme est construit autour du « tenir » (la chaise au mur) et du « freiner » (les descentes lentes), parce que ce sont les deux seules choses que fait vraiment un skieur.
Le programme, semaine par semaine
Semaines 1 & 2
Réveiller les cuisses
Deux exercices, pas plus. Le squat construit la force des cuisses ; la chaise au mur construit leur endurance en position de ski. Ce sont deux choses différentes, et vous avez besoin des deux : la force vous fait passer la bosse, l'endurance vous fait passer la semaine.
1️⃣ Le squat, la base de la force des cuisses
Objectif : redonner de la force aux cuisses et aux fessiers, après des mois de chaise de bureau.
- Position : debout, pieds écartés de la largeur des épaules, pointes de pieds très légèrement vers l'extérieur. Bras tendus devant vous pour faire contrepoids.
- Le mouvement : descendez en envoyant les fesses vers l'arrière, comme si vous cherchiez une chaise basse derrière vous. Le buste s'incline naturellement vers l'avant : c'est normal, ce n'est pas une faute. Descendez jusqu'à ce que les cuisses soient à peu près parallèles au sol, ou moins bas si votre genou proteste.
- Le retour : remontez en poussant dans les talons, pas dans les orteils. Serrez les fesses en haut. Comptez 2 secondes pour descendre, 1 pour remonter.
📋 Dose : 3 séries de 12, 3 fois par semaine. Trop facile en fin de série ? Ralentissez la descente à 4 secondes avant d'envisager d'ajouter du poids.
✅ Ce que vous devez sentir : le travail dans les cuisses et les fesses, et une vraie difficulté sur les 3 dernières répétitions. Si les 12 passent sans effort, ce n'est pas un exercice, c'est un échauffement.
🚫 L'erreur classique : descendre en poussant les genoux vers l'avant, buste bien droit, talons qui décollent. C'est le squat qu'on voit le plus en cabinet, et c'est celui qui fait dire « le squat, ça me fait mal aux genoux ». Les fesses partent en premier, et les talons restent collés au sol. Si vos talons décollent, reculez d'un cran et descendez moins bas.
2️⃣ La chaise au mur : LE geste du skieur
Objectif : l'endurance des cuisses dans la position exacte de la descente. C'est l'exercice le plus important de cette page.
- Position : dos bien à plat contre un mur, pieds avancés d'environ 50 cm, écartés de la largeur des hanches. Glissez le long du mur jusqu'à ce que vos cuisses soient horizontales et vos genoux à 90°, comme assis sur une chaise invisible. Vos genoux doivent rester à l'aplomb de vos chevilles, jamais devant vos orteils : si c'est le cas, avancez vos pieds.
- Le mouvement : il n'y en a pas. Vous tenez. C'est un exercice isométrique (le muscle force, rien ne bouge). Bras le long du corps ou croisés, respiration normale et continue.
- La consigne qui change tout : continuez à respirer, à voix haute si besoin. Neuf personnes sur dix bloquent leur respiration et tiennent 20 secondes de moins que ce qu'elles valent.
- La fin de série : vous tenez jusqu'à ce que la position se dégrade, pas jusqu'à l'agonie. Dès que les fesses remontent toutes seules ou que les genoux se rapprochent l'un de l'autre, c'est fini, vous vous relevez.
📋 Dose : 3 séries, en tenant le plus longtemps possible, avec 1 min de récupération debout entre chaque. Chronométrez : c'est votre indicateur de progrès n°1, celui que vous notez dans le journal.
✅ Ce que vous devez sentir : une brûlure progressive sur le devant des cuisses, qui monte jusqu'à devenir difficile à supporter. C'est exactement la sensation du 2ᵉ jour de ski, et c'est tout l'intérêt : vous la vivez ici, en octobre, plutôt que là-bas.
🚫 L'erreur classique : remonter les fesses petit à petit pour tenir plus longtemps. Le chrono est plus joli, le travail a disparu. Les cuisses restent horizontales du début à la fin : 40 secondes honnêtes valent bien mieux que 2 minutes en trichant. Mettez-vous de profil devant un miroir une fois pour vérifier.
Cardio : 2 séances de 20–30 min (marche rapide, vélo), les jours où vous ne faites pas de renforcement.
🎯 Objectif du bloc (à tester une fois par semaine) : tenir la chaise au mur 45 s, cuisses horizontales, sans tricher. Réussi ? Passez au bloc suivant, même si vous n'êtes qu'à 10 jours. Pas encore ? Restez ici, même si la 3ᵉ semaine est commencée : personne ne vous chronomètre à part vous.
Semaines 3 & 4
Endurance & gainage
Le squat travaille les deux jambes ensemble. Problème : on ne skie jamais sur deux jambes à la fois. Dans un virage, une jambe encaisse pendant que l'autre accompagne. La fente vient corriger ça. Et la planche s'occupe du gainage, ce tronc rigide sans lequel la force des cuisses se dissipe au lieu d'arriver aux skis.
1️⃣ La fente avant : une jambe à la fois, comme en virage
Objectif : la force et le contrôle sur une seule jambe, dans la position du virage.
- Position : debout, un grand pas en avant avec une jambe. Les pieds restent écartés latéralement (largeur des hanches), pas alignés l'un derrière l'autre comme sur un fil : vous cherchez de la stabilité, pas de la funambulerie.
- Le mouvement : descendez verticalement, comme un ascenseur, jusqu'à ce que le genou arrière frôle le sol. Le genou avant reste au-dessus de la cheville et pointe vers le 2ᵉ orteil. Buste droit, regard devant.
- Le retour : poussez dans le talon avant pour revenir. 2 secondes pour descendre, 1 pour remonter. Faites vos 12 répétitions du même côté avant de changer de jambe.
📋 Dose : 3 séries de 12 par jambe, 3 fois par semaine. Instable au début ? Tenez-vous à un mur d'une main les premières séances, sans culpabiliser : mieux vaut une fente propre avec appui qu'une fente bancale sans.
✅ Ce que vous devez sentir : la cuisse et la fesse de la jambe avant travailler, et un léger étirement devant la hanche arrière. Un peu d'instabilité est normale, c'est aussi ça qu'on entraîne.
🚫 L'erreur classique : le genou avant qui part vers l'intérieur quand la fatigue arrive (surtout sur les dernières répétitions). C'est précisément la position qu'on veut désapprendre avant le ski. Filmez-vous de face une fois : c'est souvent une découverte. Dès que le genou rentre, la série est finie, même s'il vous restait 4 répétitions.
2️⃣ La planche, le tronc qui tient la descente
Objectif : un gainage capable de tenir votre posture pendant toute la descente, sans que le dos encaisse à la place.
- Position : sur les avant-bras et la pointe des pieds. Les coudes à l'aplomb des épaules. Le corps forme une ligne droite des talons jusqu'à la tête. Regard vers le sol, nuque dans le prolongement du dos.
- Le mouvement : là encore, il n'y en a pas, mais ce n'est pas passif. Serrez les fesses, rentrez légèrement le nombril, et imaginez que vous voulez rapprocher vos coudes de vos pieds sans bouger. Vous venez de transformer une pose en exercice.
- La respiration : continue, jamais bloquée.
📋 Dose : 3 séries de 30 à 45 s, 3 fois par semaine. Trop dur ? Posez les genoux au sol en gardant la ligne dos-fesses : c'est une vraie planche, pas une version au rabais.
✅ Ce que vous devez sentir : le ventre qui travaille en profondeur, éventuellement les épaules. Et rien du tout dans le bas du dos.
🚫 L'erreur classique : les fesses qui montent (confortable, mais le gainage ne travaille plus) ou le bassin qui s'affaisse, ce qui met le bas du dos en tension et finit par faire mal. Dans les deux cas, la réponse est la même : arrêtez la série. 30 secondes alignées valent mieux que 90 secondes en banane.
Continuez la chaise au mur à chaque séance (visez 1 min) + cardio 30 min, 2 fois par semaine.
🎯 Objectif du bloc (à tester une fois par semaine) : chaise au mur 1 min et planche 45 s, dans la bonne position. Les deux réussis ? Vous pouvez passer au bloc 3.
Semaines 5 & 6
Équilibre & anti-entorse du genou
Les deux premiers blocs vous ont donné des jambes qui tiennent. Celui-ci vous donne des jambes qui réagissent. C'est une autre qualité, et c'est celle qui vous protège au moment précis où vous êtes le plus exposé : les premières descentes, quand vous êtes encore frais et que rien ne vous prévient.
🦵 « Genou aligné », « ligament croisé » : de quoi parle-t-on ?
On vous répète qu'il faut « garder le genou aligné » sans jamais vous dire contre quoi. Voici les deux mots à connaître : ce sont les seuls de cette section.
Le ligament croisé antérieur (LCA)
Une petite corde très solide, à l'intérieur du genou, qui relie le fémur (la cuisse) au tibia (la jambe). Son rôle : empêcher le tibia de glisser vers l'avant et le genou de partir en torsion. C'est le fameux « croisé » dont tout le monde parle au ski, celui dont la rupture coûte une saison, et souvent une opération.
Il ne casse presque jamais dans un choc frontal. Il casse quand le genou pivote sous un corps qui part ailleurs : un ski qui accroche, un déséquilibre vers l'arrière, une réception ratée.
Le « genou qui rentre » (valgus)
« Valgus » est le mot médical pour une image très simple : le genou part vers l'intérieur pendant que le pied et la hanche restent dehors. Le genou dessine un X.
C'est la position dans laquelle le genou est le plus vulnérable, et personne ne la choisit : elle apparaît toute seule quand les fessiers ne tiennent plus. D'où la logique de ce bloc : on n'entraîne pas « le genou », on entraîne les muscles qui l'empêchent de rentrer.
🎯 Ce qu'il faut retenir : à chaque exercice de ce bloc, la consigne est toujours la même : genou dans l'axe du pied, jamais vers l'intérieur. Répétez-le assez souvent au calme, et le corps le fera tout seul le jour où ça compte.
1️⃣ L'équilibre sur une jambe : entraîner les réflexes
Objectif : la proprioception, c'est-à-dire la capacité du genou à corriger un appui surprise avant même que vous ayez compris ce qui se passait.
- Position : pieds nus, debout sur une jambe, genou très légèrement fléchi (jamais verrouillé tendu). L'autre pied ne touche rien.
- Le mouvement : tenez 30 secondes. Ne cherchez pas l'immobilité parfaite : votre cheville va corriger en permanence, par micro-ajustements. Ces corrections sont l'exercice, pas un signe que vous le ratez.
- Quand c'est facile : fermez les yeux. Vous venez de retirer 80 % de vos informations d'équilibre, et vous obligez le genou à se débrouiller. C'est là que ça devient intéressant. Ensuite seulement : sur un coussin ou une serviette pliée.
📋 Dose : 3 × 30 s par jambe. Ça ne fatigue pas les muscles : faites-le tous les jours, en vous brossant les dents ou en attendant le café.
✅ Ce que vous devez sentir : la plante du pied et la cheville travailler sans arrêt, et une nette différence entre vos deux jambes. Cette différence est normale ; elle se réduit en deux à trois semaines.
🚫 L'erreur classique : fixer un point au sol et bloquer la respiration pour « réussir ». On tient plus longtemps, on n'entraîne rien. Regardez devant vous, respirez, laissez le pied bouger. Et surtout : passez aux yeux fermés. La plupart des gens restent des semaines à faire l'exercice facile parce qu'il est gratifiant.
2️⃣ Le step-down contrôlé, le geste anti-entorse
Objectif : apprendre à freiner sur une jambe en gardant le genou dans l'axe. C'est l'exercice le plus proche de ce qui vous protège vraiment sur les pistes.
- Position : debout sur une marche (ou un step, ou la première marche de l'escalier), face au vide. Un pied bien à plat sur la marche, l'autre dans le vide devant.
- Le mouvement : descendez lentement en pliant la jambe d'appui, jusqu'à ce que le talon du pied libre effleure le sol, sans vous poser dessus. Comptez 3 secondes pour la descente. C'est du travail excentrique : la cuisse freine tout du long. C'est exactement ce que vous ferez toute la journée en descente.
- La consigne capitale : pendant toute la descente, le genou reste dans l'axe du 2ᵉ orteil. Il ne rentre pas vers l'intérieur. Faites-le face à un miroir les premières fois : c'est le seul moyen de voir ce que votre genou fait réellement, parce que la sensation, elle, ne vous alertera pas.
- Le retour : remontez en poussant dans le talon de la jambe d'appui.
📋 Dose : 3 séries de 8 par jambe, 3 fois par semaine. Commencez sur une marche basse (10-15 cm) : la hauteur, c'est la difficulté. On ne monte de marche que quand les 8 répétitions sont impeccables.
✅ Ce que vous devez sentir : le devant de la cuisse qui retient, et la fesse d'appui qui travaille pour empêcher le genou de rentrer. Des courbatures dans les cuisses le lendemain des premières séances sont normales.
🚫 L'erreur classique : se laisser tomber sur les derniers centimètres. La descente est contrôlée jusqu'à ce que le talon touche, puis d'un coup la jambe lâche, et ce lâcher, c'est justement le moment où le genou rentre. Si vous ne contrôlez pas jusqu'au bout, prenez une marche plus basse. Faire 8 répétitions parfaites sur 10 cm vous protège ; en faire 8 approximatives sur 30 cm vous entraîne au mauvais geste.
✅ Feu vert (prêt pour les pistes)
- ☐ Tenir la chaise au mur 1 min 30
- ☐ Garder le genou aligné même fatigué (step-down contrôlé)
- ☐ Descendre sur une jambe sans vaciller
🚦 Votre feu tricolore de la semaine, l'échelle qui décide à votre place
Vous avez une date de départ, six semaines devant vous, et une envie parfaitement légitime d'aller vite. C'est précisément la situation dans laquelle on se fait mal avant même d'avoir vu la neige, et je vois arriver ces gens-là chaque automne au cabinet, un genou agacé fin novembre, pour des vacances en février.
Voici ce qu'il faut comprendre, et c'est contre-intuitif : ce n'est presque jamais la charge qui blesse, c'est le SAUT de charge. La chaise au mur à 1 min 30 ne casse personne. Passer de 45 s à 1 min 30 en une semaine, si. Et il y a pire : votre corps répond en décalé. La séance de trop ne se paie pas pendant la séance : on la finit très bien, souvent même fier de soi. Elle se paie 24 à 48 heures plus tard, dans un genou qui râle au réveil ou une nuit qui se passe mal.
Autrement dit : juger une séance à la fin de la séance ne sert à rien. Le seul juge, c'est la semaine. Alors on la note. Quatre-vingt-dix secondes, le même soir chaque semaine (le dimanche, tant qu'à faire), et vous ressortez avec une décision, pas une impression : j'augmente, je maintiens, je réduis.
Comment faire
Notez chaque phrase de 0 à 10 : 0 = « pas du tout d'accord », 10 = « tout à fait d'accord ». Vous répondez pour la semaine qui vient de s'écouler, pas pour aujourd'hui. Répondez vite, sans peser chaque mot : votre première réaction est plus honnête que votre deuxième. Une fois par semaine, toujours le même soir, jamais après une séance, où vous êtes soit euphorique soit cuit. Notez la date : ce sont les écarts d'une semaine à l'autre qui parlent, pas le chiffre isolé.
| Ma semaine | Date : ___/___ |
Date : ___/___ |
Date : ___/___ |
|---|---|---|---|
| 1. Pendant mes séances, l'effort était dur mais gérable : je n'ai jamais serré les dents. | ___ | ___ | ___ |
| 2. Le lendemain matin, mes genoux étaient comme d'habitude au réveil : ni gênants, ni gonflés. | ___ | ___ | ___ |
| 3. Mes courbatures ressemblaient à des courbatures : diffuses dans les cuisses, et elles s'effacent quand je bouge. | ___ | ___ | ___ |
| 4. Le lendemain, je descends mon escalier normalement, sans m'accrocher à la rampe. | ___ | ___ | ___ |
| 5. J'ai dormi comme d'habitude cette semaine. | ___ | ___ | ___ |
| 6. À l'idée de la prochaine séance, j'ai plutôt envie d'y aller. | ___ | ___ | ___ |
| 7. Aucune zone ne « parle » plusieurs jours d'affilée (genou, hanche, bas du dos, tendon). | ___ | ___ | ___ |
| 8. Ma chaise au mur de cette semaine vaut au moins celle de la semaine dernière. | ___ | ___ | ___ |
| TOTAL sur 80 | ___ | ___ | ___ |
(Dans le PDF, ce tableau est imprimable.)
Lire votre score
Trois paliers, trois décisions. Ce ne sont pas des seuils validés par quoi que ce soit : ce sont mes repères de bon sens, calés pour ce programme, et ils valent surtout par comparaison avec votre semaine précédente.
- 🔴 Moins de 40 : je réduis d'un cran. Concrètement, cette semaine : retirez une série à chaque exercice (3 → 2), redescendez d'une marche au step-down, et remplacez une séance de renfo par du cardio tranquille. Gardez l'équilibre sur une jambe : il ne fatigue rien. On réduit, on n'arrête pas : un arrêt complet vous fait perdre le bénéfice de quatre semaines. Et si c'est la ligne 2 ou la ligne 7 qui plombe le score (un genou gênant au réveil, une zone qui parle depuis plusieurs jours), c'est elle qui commande, quel que soit le total : réduisez même à 65. Si ça traîne plus de deux semaines, faites-vous examiner par un professionnel de santé plutôt que de deviner.
- 🟠 Entre 40 et 60 : je maintiens. Refaites exactement la même semaine que celle qui vient de passer. Mêmes séries, même marche, même chrono cible. Ça n'a l'air de rien, et c'est pourtant la semaine la plus utile du programme : c'est en répétant une charge que le corps encaisse déjà qu'on la rend facile. La plupart des objectifs de bloc tombent sur une semaine de maintien, pas sur une semaine d'augmentation.
- 🟢 Plus de 60 : j'augmente, mais UNE seule chose. Une. Au choix : +1 série, ou une marche plus haute au step-down, ou +10 s de chaise au mur. Pas les trois, pas même deux. Vous voulez pouvoir dire, si la semaine se passe mal, ce qui a été de trop, et avec trois changements simultanés, vous ne le saurez jamais.
⚠️ Le piège classique : la semaine où tout va bien. Le score est à 72, les cuisses répondent, on se sent invincible, alors on ajoute une série, on monte d'une marche, on rallonge le cardio et on colle une séance de plus. C'est exactement là que ça casse, et le pire, c'est qu'on ne le saura que le mardi suivant, à cause du décalage. Un feu vert n'autorise pas tout : il autorise un cran. Le bon score, c'est celui qui reste vert quatre semaines de suite.
💡 Ce que ce score n'est pas : une note. Personne ne vous juge sur votre courage, et un feu rouge ne dit pas « vous avez raté votre semaine ». Il dit « votre corps demande un cran de moins », ce qui est une information de sportif, pas un aveu de faiblesse. Ce n'est pas non plus un diagnostic : il vous dit que quelque chose coince, jamais quoi.
🔎 Transparence : cette échelle est mon outil de suivi, conçu pour ce programme. Elle s'inspire de ce que la recherche a établi (ce qui blesse, c'est le saut de charge plus que la charge, et le corps répond avec 24 à 48 h de décalage), mais ce n'est pas un questionnaire de recherche validé, et elle ne remplace pas l'évaluation de votre kiné ou de votre médecin.
📆 Votre plan à cocher & votre journal
Le plan à cocher, et un journal pour voir vos cuisses gagner en endurance.
Le plan des 6 semaines
- ☐ S1–2 : réveiller les cuisses (squats, chaise au mur, viser 45 s) + cardio
- ☐ S3–4 : endurance & gainage (fentes, planche, chaise au mur 1 min)
- ☐ S5–6 : équilibre + anti-entorse du genou (tenue 1 jambe, step-down genou aligné)
📓 Votre journal de suivi
Notez chaque semaine : la chaise au mur qui s'allonge, c'est la piste qui devient facile.
| Semaine | Chaise au mur (s) | Planche (s) | Équilibre 1 jambe | Ressenti |
|---|---|---|---|---|
| S1 | ||||
| S2 | ||||
| S3 | ||||
| S4 | ||||
| S5 | ||||
| S6 |
(Dans le PDF, ce tableau est imprimable.)
Vos questions fréquentes ❓
6 semaines, ça suffit ?
Oui, pour un vrai gain d'endurance des cuisses et de contrôle du genou. Commencez 6 semaines avant le départ.
Pourquoi les cuisses brûlent au ski ?
Le ski, ce sont des heures en flexion de genoux : c'est l'endurance en position fléchie qui manque. La chaise au mur la construit.
Comment éviter l'entorse du genou ?
Un genou fort et bien contrôlé (aligné), et arriver déjà préparé. On croit souvent que les entorses arrivent le soir, sur la « dernière » : c'est faux. 81 % des skieurs blessés n'étaient pas fatigués, et un tiers se blessent dès le premier jour. S'arrêter avant l'épuisement reste une bonne idée pour le plaisir et la récupération, mais ça ne remplace pas la préparation, et ça ne vous protège pas au moment où vous êtes le plus exposé.
Faut-il aller en salle ?
Non : la chaise au mur et les fentes à la maison suffisent. La salle permet de charger plus si vous voulez aller plus loin.
Et le cardio ?
Utile pour tenir la journée et récupérer entre les descentes. 2 séances/semaine suffisent.
Sur les pistes 🎿
- ⛑️ Portez un casque. ~35 % de traumatismes crâniens en moins, jusqu'à 50–60 % pour les plus graves, et aucun surrisque pour le cou. C'est la mesure la mieux prouvée du ski, et la seule qui porte sur les blessures graves.
- ⏰ Le vrai moment à risque : les premières descentes et les premiers jours. Échauffez-vous avant la première, et faites vos deux premières descentes en dessous de votre niveau. C'est là que les genoux cassent, pas le soir.
- 🦵 Réglez bien vos fixations avant de partir, pas au pied des pistes.
- 💧 Hydratez-vous, mangez, faites des pauses. L'altitude fatigue plus vite : la fatigue gâche la journée, même si ce n'est pas elle qui vous blessera.
Les meilleures vacances au ski se préparent en octobre, pas au premier télésiège.
La version salle : charger les cuisses 🏋️
La chaise au mur, c'est parfait à la maison. En salle, on charge pour des cuisses qui tiennent 6 jours de piste, et un genou blindé contre l'entorse.
Comment charger
- Force : 3–4 séries de 6–10 répétitions, à RPE 7–8. Trop facile → +5 %.
- Commencez 6 semaines avant le départ pour un vrai gain.
« RPE 7–8 », ça veut dire quoi ?
RPE est un sigle anglais pour « échelle d'effort perçu ». C'est une note que vous vous donnez, de 0 à 10, pour dire à quel point la série était dure. Elle remplace avantageusement les pourcentages de charge : votre forme change d'un jour à l'autre, votre ressenti en tient compte tout seul.
La façon la plus simple de la lire : comptez les répétitions que vous auriez encore pu faire à la fin de la série. RPE 7 = il vous en restait 3. RPE 8 = il vous en restait 2. RPE 10 = vous ne pouviez plus en faire une seule.
Pourquoi 7–8 et pas 10 ? Parce qu'aller à l'échec à chaque série fatigue beaucoup pour très peu de gain supplémentaire, et vous préparez des vacances, pas une compétition d'haltérophilie. Gardez toujours 2 ou 3 répétitions en réserve.
- 🏋️ Squat (barre) ou presse à cuisses (la machine où l'on pousse une plaque avec les jambes, assis ou allongé) : la force des cuisses, en charge. 3–4 × 8.
- 🏋️ Fente bulgare chargée. C'est une fente classique, mais avec le pied arrière posé sur un banc derrière vous : presque tout le poids passe sur la jambe avant. Contrôle du genou sur une jambe, comme en virage. 3 × 8/jambe. Même consigne que partout : genou dans l'axe du pied.
- 🏋️ Excentrique du quadriceps. Le quadriceps est le gros muscle du devant de la cuisse, et « excentrique » veut dire qu'il travaille en freinant (voir plus haut). Concrètement : au squat ou à la presse, vous descendez en 4–5 secondes et vous remontez normalement. Le ski, c'est surtout du freinage : on entraîne le muscle à retenir.
- 🏋️ Hip thrust (littéralement « poussée de hanches ») : dos appuyé sur un banc, une barre posée sur le bassin, vous montez les hanches jusqu'à ce que le corps soit horizontal. C'est l'exercice des fessiers, et les fessiers sont exactement ce qui empêche votre genou de rentrer vers l'intérieur. Avec le gainage : bassin et tronc solides pour tenir la position.
- ⚡ Sauts & réceptions contrôlées les 2 dernières semaines, pour un genou qui encaisse les compressions et les appuis. La règle : on ne juge pas le saut, on juge la réception. Elle doit être silencieuse, genoux fléchis et dans l'axe. Une réception qui claque, c'est un genou qui encaisse au lieu d'amortir.
📚 Les sources de cette page
Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux, les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.
- La fatigue est-elle vraiment la cause des ruptures du croisé au ski ? — Étude multicentrique sur skieurs blessés, Sportverletzung · Sportschaden 2015. 81 % des blessés n'étaient pas fatigués, un tiers se blessent dès le 1ᵉʳ jour, 28 % des femmes dans la première heure. C'est la source qui renverse le mythe de la « dernière descente ».
- Le casque réduit-il les traumatismes crâniens ? Et le cou ? — Méta-analyse, journal de l'Association médicale canadienne (CMAJ) 2010. Environ 35 % de blessures à la tête en moins, sans augmentation des blessures du cou et sans prise de risque accrue.
- Casque et blessures graves de la tête : la synthèse — Revue systématique de 16 études, Journal of Trauma and Acute Care Surgery 2012. Réductions de 29 à 60 % selon la gravité, avec une recommandation de niveau I : tous les skieurs et snowboarders devraient porter un casque.
Dernière vérification des sources : juillet 2026.