Conseils — Aine / pubis
Pubalgie : cette douleur d'aine qui traîne
Par Matthieu Kelhetter, kinésithérapeute du sport · Lecture 4 min
Une zone carrefour, très sollicitée
La pubalgie, c'est une douleur au niveau du pubis et de l'aine, fréquente chez les footballeurs, coureurs et sportifs de pivot. Le pubis est un vrai carrefour : abdominaux et adducteurs (l'intérieur des cuisses) y tirent en sens opposés. Quand la charge dépasse ce que la zone peut encaisser, ça devient douloureux. Souvent après une hausse d'entraînement, ou un déséquilibre de force. Rien de cassé : une zone surchargée à rééquilibrer.
« Pubalgie » ne veut plus dire grand-chose : la vraie question, c'est OÙ ça fait mal
Le mot est resté dans le langage courant, mais les spécialistes l'ont abandonné : il mélangeait des problèmes différents sous une même étiquette. Depuis l'accord international de Doha (2015), on distingue quatre localisations, plus la hanche elle-même. C'est important : le traitement n'est pas le même.
- 📍 Intérieur de la cuisse, au ras du pubis, réveillé quand vous serrez les genoux → adducteurs (le cas le plus fréquent, de loin).
- 📍 Au pli de l'aine, quand vous montez le genou → psoas-iliaque (le fléchisseur de hanche).
- 📍 Dans le canal inguinal (le trajet de la « hernie », sans hernie palpable) → inguinal.
- 📍 Sur l'os du pubis lui-même, au milieu, quand on appuie dessus → pubien.
- 📍 Aine profonde, avec accrochage en flexion → c'est peut-être la hanche, pas le pubis.
Et un point qui change tout : chez 44 % des sportifs examinés avec cet accord, plusieurs de ces causes coexistent. C'est pour ça qu'un traitement « standard » déçoit si souvent, et pourquoi un examen qui prend le temps de localiser vaut mieux qu'un protocole tout fait.
Les idées reçues
« Le repos suffit à guérir. » Le repos calme, mais dès la reprise ça revient si on n'a pas renforcé et rééquilibré. Le repos seul ne soigne pas la cause.
« Il faut opérer. » La chirurgie est rare et réservée à des cas précis. L'immense majorité se règle avec un travail actif bien mené.
« Il faut beaucoup étirer les adducteurs. » L'étirement agressif soulage peu et peut irriter. C'est le renforcement progressif qui fait la différence.
Quoi faire, concrètement
Renforcez les adducteurs (serrage de ballon entre les genoux, puis exercice « Copenhagen »). Une précision honnête : le Copenhagen est surtout validé en prévention. Chez des footballeurs sains, il réduit d'environ 40 % le risque de douleur d'aine. Comme traitement d'une douleur déjà installée, le programme qui a fait ses preuves est plus large que lui.
N'oubliez pas les fessiers : c'est le pilier qu'on saute presque toujours. Le seul programme dont le bénéfice a été démontré en traitement (environ 4 sportifs sur 5 revenus au sport sans douleur) associait les adducteurs, les abducteurs et les fessiers, et les abdominaux. Le pubis est tiré des deux côtés : renforcer un seul côté de la balance ne suffit pas.
Gainez les abdominaux et le tronc. Un bassin stable répartit mieux les forces au pubis.
Adaptez la charge sans tout arrêter. On réduit temporairement les gestes déclencheurs (tirs, sprints, changements de direction), on garde le reste, on remonte progressivement.
🚩 Quand consulter
Douleur d'aine qui traîne plusieurs semaines, qui gêne le sport et revient à chaque reprise : un bilan permet d'écarter d'autres causes (hanche, hernie) et de bâtir le bon programme de renforcement.
La pubalgie ne se soigne pas en attendant. Elle se soigne en rééquilibrant les forces autour du bassin.
📚 Les sources de cette page
Tout ce qui est affirmé ici s'appuie sur ces travaux — les plus récents et les plus solides disponibles. Vous pouvez les vérifier vous-même.
- L'accord de Doha sur les douleurs d'aine du sportif — Consensus international, British Journal of Sports Medicine 2015. C'est le texte qui a remplacé le mot « pubalgie » par quatre localisations précises.
- 100 sportifs avec une douleur d'aine, examinés un par un — Étude clinique, Clinical Journal of Sport Medicine 2018. Les adducteurs sont en cause dans 61 % des cas, et plusieurs causes coexistent chez 44 % des sportifs.
- L'entraînement actif contre la douleur d'aine des adducteurs — Essai randomisé, The Lancet 1999. Le programme de référence en traitement : adducteurs + abducteurs/fessiers + abdominaux. 23 sportifs sur 29 sont revenus au sport sans douleur, contre 4 sur 30 avec les traitements passifs.
- L'exercice « Copenhagen » prévient les douleurs d'aine au football — Essai randomisé en grappes, British Journal of Sports Medicine 2019. 13,5 % de douleurs d'aine contre 21,3 % sans le programme — un bénéfice démontré en prévention.
Dernière vérification des sources : juillet 2026.